Thursday 14. November 2019

Prof. Marie-Jo Thiel

Prudence audacieuse


 

En matière de science et de recherche, les principes qui guident l’Union européenne et qui sont formalisés dans Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne sont guère différents de ceux que défendent les chrétiens. De part et d’autre, le regard est d’abord éminemment positif. L’humanité a besoin à tous les niveaux de la recherche scientifique pour contrer les maux et malheurs de l’humain et de l’humanité. L’Eglise dans ses différentes instances le répète à temps et à contretemps. Le Compendium de la Doctrine sociale de l´Église le note : « En soi, les résultats de la science et de la technique sont positifs: Loin d'opposer les conquêtes du génie et du courage de l'homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable » (N°457). Plus encore, l’Eglise se dit « consciente qu'on ne parvient pas à une profonde connaissance de l'homme uniquement par la théologie, sans les apports de nombreux savoirs auxquels la théologie elle-même se réfère » (N°78).

 

Mais la place de l’économie, la concurrence internationale, la nécessité d’une innovation rentable… suscitent des tensions. Et l’Eglise envisage son rôle à l’égard de la recherche scientifique sur trois points : 1. Le souci d’accueillir les innovations biomédicales, de les étudier et d’en comprendre les enjeux. 2. Ensuite son discernement quant aux repères anthropologiques et éthiques issus de sa tradition et susceptibles d’éclairer ce débat. L’Eglise entend stimuler une recherche respectueuse de la dignité humaine (Gaudium et spes) de chacun et du bien commun de tous : "Promouvoir tout homme et tout l'homme", selon le mot de Paul VI (Populorum progressio, 1967, N°15). 3. Enfin son devoir de faire œuvre de sagesse pratique en proposant une attitude de prudence audacieuse, justifiée par l’évaluation des pratiques biomédicales à l’aune de repères fondamentaux et de l’analyse des pratiques en question.

 

Les « droits fondamentaux » sur lesquels l’UE s’engage dans la Charte ad hoc et qui sont les principes clés du discernement éthique du Groupe Européen des Sciences et nouvelles Technologies (GEE) sont autant de valeurs partagées aussi par l’Eglise catholique, ce que le Pape François n’a pas manqué de rappeler lors de sa visite aux institutions européennes. Ils sont regroupés en six grands chapitres: Dignité, Liberté, Egalité, Solidarité, Citoyenneté et Justice. Tout un programme fort stimulant !

 

Prof. Marie-Jo Thiel

Professeure d'éthique et de théologie morale à l'Université de Strasbourg, Directrice du Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique (CEERE) et membre du Groupe européen d'éthique des sciences et des nouvelles technologies (GEE)


Continuer cette réflexion : Marie-Jo Thiel, Au nom de la dignité de l’être humain. Bayard, 2013.

 

Le Groupe européen d'éthique (GEE) : http://ec.europa.eu/archives/bepa/european-group-ethics/index_en.htm

 

Version originale de l’article : français

 

“(...)Doué d'intelligence et de liberté, (chaque homme) est responsable de sa croissance, comme de son salut. Aidé, parfois gêné par ceux qui l'éduquent et l'entourent, chacun demeure, quelles que soient les influences qui s'exercent sur lui, l'artisan principal de sa réussite ou de son échec: par le seul effort de son intelligence et de sa volonté, chaque homme peut grandir en humanité, valoir plus, être plus.” Pape Paul VI. (Populorum progressio, 15)

 

 

“En soi, les résultats de la science et de la technique sont positifs: Loin d'opposer les conquêtes du génie et du courage de l'homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable” Compendium de la Doctrine sociale de l´Église (457)

 


Garder la création est une indication de Dieu donnée non seulement au début de l’histoire, mais à chacun de nous ; c’est dans son projet.

 

 

 

 

 

 

http://the-europe-experience.com/